Boris Cyrulnik représente l'esprit intégratif dans toute son acuité

Boris Cyrulnik est neurologue, psychiatre, psychanalyste, mais aussi éthologue animant un groupe de recherche en éthologie clinique à l'hôpital de Toulon-La-Seyne. Bref, Boris Cyrulnik est le représentant de l'esprit intégratif par excellence, qui, dans tous ses best sellers (Un merveilleux malheur, Les vilains petits canards, Parler d'amour au bord du gouffre), nous émerveille par son don d'intégrer des points de vue différents pour parler de l'être humain.
Dans un « Dialogue sur la nature humaine » avec Edgar Morin, il fait une profession de foi virulente de sa croyance en l'esprit intégratif :

« Si nous apprenons, en terme d'individus, à raisonner dans un contexte et une histoire, nous porterons un nouveau regard sur l'anthropologie. Ce ne sera plus une anthropologie « morceau par morceau » - la biologie contre la culture, l'inné contre l'acquis, l'homme contre son groupe social -, mais au contraire l'intégration d'un morceau dans le tout, où l'individu vit, fonctionne avec les échanges, les passerelles et toutes les navettes nécessaires. A ce moment, l'homme prend sa place dans la nature, il n'est pas contre la nature, surnaturel ni antinaturel, mais il garde sa place d'homme.Il devient alors peu à peu comme un centaure. La coupure ne passe plus entre l'homme et l'animal, elle n'est plus la coupure didactique qui a permis de faire de bons objets de laboratoires... Elle n'est plus cette coupure ontologique qui faisait de l'homme un être surnaturel par nature, au-dessus ou contre les animaux – cela donnait une quantité de discours cohérents, logiques,dans leur système clos; l'homme devait s'arracher à la nature, l'homme n'était radicalement pas un animal, etc. Or lorsqu'on regarde l'homme en centaure, on comprend qu'il a ses pattes de cheval plantées dans la terre et que, progressivement, graduellement, il finit par arriver au stade du cerveau humain(...)
Pour étudier l'homme dans son ensemble, il s'agira alors de donner la parole au biologiste – au spécialiste des pattes de cheval -, mais aussi au linguiste, au sociologue, qui, eux, prendront un autre niveau du même objet centaure. On réintégrera nos morceaux de connaissance dans un être vivant qui est l'homme dans la nature... »
Boris Cyrulnik / Edgar Morin : Dialogue sur la nature humaine éditions l'aube poche essai p. 17

Cette allusion au centaure est d'une étrange synchronicité avec le concept de Ken Wilber du stade du Centaure représentant le stade d'évolution actuel de la conscience dédiée à l'intégration.