Guillevic intégre à la poésie : la simplicité, le silence, la pauvreté volontaire

La poésie s'est laissée aller majoritairement à l'emphase, la redondance, l'inflation verbale. C'est pour cela qu'elle s'est rétrécie progressivement aux cercles des seuls initiés, c'est pour cela qu'elle fait souvent sourire ou indiffère, car son langage ampoulé est un langage de spécialistes qui se cooptent les uns les autres suivant leur style d'écriture. Je pense en particulier pour le 20e siècle à St John Perse, Paul Valery, Paul Claudel et même les surréalistes, quand ils cédent à la tentation de trop noircir la page blanche de mots compliqués et incompréhensibles.
Eugène Guillevic (1907 - 1997 ), ce poète d'origine bretonne, né à Carnac, est à l'opposé de tout cela. Son langage poétique est concis, dépouillé, épuré, laconique, affichant une simplicité et une pauvreté volontaire qui le rend parfois proche des haïkus japonais. C'est pour moi une intégration créative importante dans le champ de la poésie, car du coup, celle-ci en devient plus accessible, plus claire, plus lisible (voir aussi propos personnels sur la poésie).

"Il te faut de la pauvreté
dans ton domaine.

C'est comme ce besoin qu'on peut avoir
d'un mur blanchi à la chaux.

Une richesse, une profusion
de mots, de phrases, d'idées

t'empêcheraient de te centrer
d'aller, de rester

là où tu veux
où tu dois aller

pour ouvrir,
pour recueillir.

Ta chambre intérieure
est un lieu de pauvreté"
.

Art poétique


"la poésie est une sculpture du silence.
c'est précisément cette inclusion du silence dans les mots
qui distingue le poème de la prose".


"je crois rocher
avoir découvert

pourquoi tu me sers
si souvent de référence :

tu es pour moi
l'éternité

l'image
de l'éternité".

Vous, pierres (1991) dans Relier

Le jour va revenir
Qui giflera la ville

Quand l'aube aura craché
La ville dans le jour.

Ville